
Les 800 000 Israéliens francophones en rêvaient depuis longtemps. La création d'un grand lycée Français à Tel-Aviv pourrait bien devenir prochainement réalité.
A l'origine du projet, une collaboration 100 % franco-israélienne entre Max Semory, Gérard Pomper de l'Union des Français d'Israël et André Ferrand, sénateur représentant les Français établis hors de France. "Notre idée est de créer un grand lycée français international ouvert sur l'extérieur", explique le sénateur, également auteur d'un rapport sur l'enseignement du français dans le monde et président de l'Association nationale des écoles françaises à l'étranger. "Nous prendrions ce qu'il y a de meilleur dans les programmes pédagogiques français et israélien pour bâtir ensuite un programme mixte permettant aux élèves d'accéder aux meilleures écoles et universités dans le supérieur, en Israël comme à l'étranger. L'apprentissage se ferait ainsi en deux langues obligatoires, parmi lesquelles l'hébreu, le français et l'anglais."
Le rêve d'un lycée français à Tel-Aviv n'est pas une aspiration nouvelle. Par le passé, plusieurs projets ont déjà été élaborés, sans succès. Il existe certes déjà un certain nombre d'établissements "francophones" en Israël : le lycée français de Jérusalem, le collège des Frères de Jaffa, le collège Marc Chagall à Tel-Aviv... Mais "le fait qu'il n'y ait pas de lycée français à Tel-Aviv même représente un manque important pour le pays qu'il nous faut combler". Sans compter que pour les élèves du Goush Dan scolarisés dans le lycée français de la ville sainte, les allers-retours quotidiens entre Tel-Aviv et Jérusalem ne sont pas de tout repos. "Il y a aussi le fait que jusqu'à présent, les enfants scolarisés dans les établissements francophones étaient majoritairement des Arabes chrétiens. Une ségrégation s'était mise en place, presque naturellement. Avec ce projet innovant, ouvert sur l'international, nous espérons rétablir une certaine mixité en accueillant des enfants d'origines diverses", souligne André Ferrand. "Souvent les francophones qui arrivent en Israël cherchent dans un premier temps à s'intégrer le plus vite possible, à parler l'hébreu, ce qui explique une certaine désaffection pour les établissements francophones. Voilà pourquoi, tout en développant la francophonie, nous avons absolument besoin d'internationaliser notre enseignement. L'enseignement en trois langues le permettra."
Pour ce nouvel établissement, les francophiles rêvent d'un emplacement historique. "Nous souhaiterions construire le lycée au sud-est de Tel-Aviv, sur le même site que le lycée agricole Mikvé Israël, un lieu très fort symboliquement. L'établissement a été fondé au 19e siècle par un précurseur du sionisme, membre de l'Alliance israëlite universelle, le Français Charles Netter", souligne André Ferrand. Première localité agricole juive, l'institution a joué un rôle important dans le développement de l'agriculture du pays et la formation de générations d'agriculteurs en Terre sainte. Tout un symbole.
La première pierre est encore loin d'être posée mais selon le sénateur, le projet serait en bonne voie. "J'ai rencontré récemment en Israël le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy et Nicole Guedj, qui sont tous deux très enthousiastes. Nous pouvons également compter sur le soutien de la fondation Rachi, de l'Alliance israëlite universelle...".
Avec plus de 100 000 Français installés en Israël, un Israëlien sur cinq parlant le français et 33 000 élèves du secondaire apprenant la langue de Molière, les institutions francophones sont, paradoxalement, encore à la traîne en Israël. L'absence d'un grand lycée français digne de ce nom à Tel-Aviv en témoigne. "Il y a 400 écoles françaises dans le monde", rappelle André Ferrand. "Certaines sont implantées dans des pays où la communauté francophone est bien moins importante que celle qui existe en Israël. C'est absurde."
En cause, les rapports souvent tendus entre la France et Israël. "La situation ces dernières années s'est pourtant considérablement améliorée. Nous sortons d'une période où les relations entre les deux pays étaient plutôt fraîches, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais le vent a tourné, il faut saisir l'opportunité qui s'offre à nous. La création de ce lycée français pourrait être un nouveau symbole fort du rapprochement entre la France et Israël." Il était temps.
Noémie Taylor
20 juin, 2006
Pour le Jerusalem Post - Edition Française