Tuesday, November 15, 2005

Trou de Mémoire



Vendredi dernier, en rentrant de ma visite à Yad Vashem, j’ai soudain réalisé, que par un curieux hasard, on était le 11 novembre.
Etrangement, j’ai passé plus de trois heures dans un des " temples " de la Mémoire de la Shoah, sans faire une seconde le rapprochement avec le souvenir des poilus de 14-18. Autre mémoire, autre histoire me direz-vous. Mais dans les deux cas, la nécessité de transmettre aux jeunes générations reste la même.
Au point que je m’en suis voulue d’avoir oublié, et j’ai même versé ma petite larme.
Comme un million et demi de Français, mon arrière grand-père est mort à la guerre de 14, dans les premiers jours de la bataille de la Marne. Enrôlé à 32 ans, dans le 258e RI, il a quitté sa femme, ses enfants, le ciel bleu de Marseille et sa garrigue sauvage, pour aller mourir sous les balles de l’ennemi, dans la boue et la grisaille de la Somme.


Aujourd’hui, il y a, certes, le ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe, les cérémonies officielles un peu partout dans l’hexagone, les livres d’Histoire et une abondante couverture médiatique pour ne pas oublier tous ces gamins enrôlés, de gré ou de force dans ce qu'ils croyaient être la " der des der ".

Mais la question se pose plus que jamais, pour chacun de nous, au plan individuel. Car dans cinquante ans, qui se souviendra encore d'Antoine Durand, simple soldat ?
91 ans après, ma famille ignore encore où se trouve sa dépouille. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir cherché.
En France seuls 240 000 cercueils ont été restitués aux familles. 260 000 soldats ont disparu, 200 000 n’ont pas pu être identifiés.
Jardin des Justes à Yad Vashem. Sous chaque caroubier, le nom d'un "Gentil" ayant protégé des juifs de la déportation.

Le 20e siècle a été marqué par l’apparition des grandes "tueries de masse " : la première guerre mondiale, première guerre moderne, la Shoah et tous les autres génocides.
D’où cette prise de conscience de notre société sur la nécessité du travail de Mémoire. Aujourd’hui, nous éprouvons d’ailleurs, tous, de plus en plus, et d’une manière ou d’une autre, le besoin de nous souvenir et de rendre hommage.

Pour certains, cela passe par un " pèlerinage ", tous les ans à Verdun, pour y fleurir une tombe, lorsqu’elle existe. Pour d’autres, par une quête d’identité.

Comme pour Malka, suissesse de 65 ans qui a décidé de partir faire son Alyah et que j’ai rencontrée ici, à Jérusalem.
Née en 1940, à Vienne, dans une famille juive, Malka est ce que l’on appelle " une enfant cachée ". Elle doit sa survie à des Justes autrichiens. Elle n’a jamais connu son père, mort dans la Shoah. Sa mère est une rescapée des camps de la mort. Elle est revenue en 1945, à moitié folle, à jamais détruite. Sa fille dit d’ailleurs aujourd’hui, avec beaucoup de franchise, " qu’il aurait d’ailleurs peut-être mieux fallu qu’elle n’en revienne pas ".
Traumatisée, la mère de Malka a toujours refusé d’entendre à nouveau parler de Judaïsme, qu’elle identifiait comme la source de tous ses malheurs. Un problème fondamental qui s’est d’ailleurs posé à de nombreux juifs, après le génocide : comment croire encore en Dieu, après ça ?
Malka a attendu la mort de sa mère, pour revenir au judaïsme. Elle a d’abord rejoint un groupe de parole avec d’autres descendants de déportés. Puis elle s’est mise à fréquenter une synagogue libérale, à Bâle. "La dernière étape logique pour moi, cela a été l’Alyah " m'a-t-elle expliqué.

Le travail de mémoire accompli par les " Grands " de ce siècle a valeur d’exemple pour beaucoup d’entre nous.

Comme Simon Wiesenthal, survivant des camps et célèbre chasseur de nazis, décédé le 20 septembre dernier à l’âge de 96 ans.
Comme le soulignait le 9 novembre, sa petite-fille Racheli Kreisberg-Zakarin, lors de la cérémonie commémorative officielle organisée en Israël en l’honneur de son grand-père

" Il a réussi à accomplir sa mission, il a laissé un héritage et sera un modèle pour beaucoup d'autres gens qui poursuivront ce qu'il a entrepris. Il a jeté une pierre dans l'eau qui a fait de nombreuses ondes "…

1 comment:

Marie Simon said...

Noemie, t'es geniale ! Titre, reportage, photos, tout est bien pense ! Je suis fiere de mettre un lien vers ton blog sur le mien.
Tu crois qu'on pourra militer a notre retour au 117 pour que nos bebes blogs soient retenus comme un travail journalistique ? :-P Ca serait marrant... En tous cas, vu le temps que ca prend, ce serait sympa, une petite reconnaissance, non !?
A pluche,