Thursday, December 08, 2005

Des Histoires d’Amour … pas très Orthodoxes.



Eve et Yossi se sont connus sur les bancs de la fac. David et Keren se sont plus dans une boîte de nuit de Talpiot. Dan et Talya ont eux eu ce qu’on appelle aujourd’hui " un cyber-coup de foudre ", en papotant sur Internet.
En Israël, filles et garçons tombent finalement tous amoureux de la même manière que dans les sociétés occidentalisées modernes. Tous, sauf peut-être les jeunes orthodoxes.

Pour eux, pas question par exemple d’espérer trouver l’élu/e de leur cœur, par le plus pur des hasards, en se promenant dans la rue. Car il est strictement interdit de croiser le regard d’une femme marchant sur le trottoir d’en face, si joli soit son déhanché.

Les premiers échanges se font généralement à l’occasion de soirées, au sein de chaque petite communauté. Des rencontres qui ne laissent presque aucune place au hasard, à l’improvisation et à la spontanéité, qui font tous le charme d’une relation amoureuse.

Tout est en général étroitement encadré et planifié à l’avance par la famille des futurs mariés. Les mariages se règlent très souvent par le biais d’une entremetteuse, où ce que les anglais appellent une " matchmaker ", chargée d’ " assortir " de son mieux filles et garçons qui cherchent chaussure à leur pied.

Avant le mariage, les rendez-vous en tête à tête sont proscrits. Il est absolument impossible de se retrouver complètement seul à seul dans une pièce, avec son promis ou sa promise. Discuter à la rigueur, pourquoi pas ? Mais à condition que cela se fasse en public, en présence de témoins.

" C’est assez drôle de se balader dans le quartier et de voir ses jeunes gens assis dans le parc, se regarder timidement du coin de l’œil, en se tenant à deux mètres l’un de l’autre, surveillés de loin par une tante suspicieuse " s’amuse férocement Danny, le propriétaire de mon bed and breakfast, un " laïque " de Romema, quartier récemment investi par les ultra-orthodoxes.
Il y a quelques mois, un jeune couple orthodoxe
avait enfreint le règle créant un gigantesque scandale au sein de leur communauté. La fille du rabbin sépharade Shlomo Amar, Ayalah, 18 ans s’était amourachée d’un jeune ultra-orthodoxe de 17 ans, rencontrée sur un " chat ". (Malgré les réticences des rabbins, les jeunes Harédim sont de plus en plus friands de nouvelles technologies, notamment d’Internet et de cybercafés qui pullulent à Jérusalem). En découvrant leur histoire d’amour, née hors du cadre de rencontre imposé par la communauté, les jeunes ont été sévèrement punis. Meïr, le frère d’Ayalah s’est notamment chargé de corriger physiquement le jeune garçon, sous les yeux de sa sœur.

Il serait néanmoins injuste de " noircir " le tableau à l’infini. Dans les cas où garçons et filles se tiennent correctement, beaucoup de couples mariés sont très heureux de leur sort (oui, oui). Eduqués de cette façon, ils aspirent à vivre de la même manière, à respecter ces règles et à les transmettre.

Et afin de respecter la première Mitzvah (celle de procréer), il n’y a pas de temps à perdre. Les orthodoxes se marient souvent très jeunes. Combien de fois ai-je pu croiser dans la rue des couples âgés d’à peine 18 ans, promenant leur premier enfant dans une poussette ?
Très souvent leurs obligations familiales à un âge si précoce leur permettent d’échapper au service militaire que tout jeune israélien et israélienne se doit d’effectuer. Quelques dizaines de milliers d’ultra orthodoxes en sont généralement exemptés pour des motifs religieux : l’interdiction de tuer, la priorité donnée à la famille et à la procréation, la nécessité de se consacrer à l’étude religieuse…

Un autre problème qui se pose rapidement aux jeunes couples ultra-religieux, est la question de l’argent. Car très souvent, les homme qui consacrent leur journée à l’étude religieuse ne travaillent pas et (sur)vivent uniquement d’allocations.
La question est souvent vivement discutée par les familles avant le mariage, comme me l’a raconté Danny en me citant l’exemple d’ultra-religieux de Méa Shéarim s’inquiétant de voir leur fille mariée à un jeune homme très pauvre.
Le père de la jeune fille avait alors fait venir le père du futur gendre, reléguant sa femme à la cuisine pour discuter entre hommes.

- "Gavriel, tu as beaucoup d’enfants, tu ne travailles pas… Pourras-tu vraiment aider ton fils quand il sera marié ? " demande le chef de famille.
- " D.ieu nous aidera, D.ieu nous aidera " lui répond l’autre.
- " Ton fils étudie dans une Yechiva. Il n’a pas de formation. Gavriel, comment feront-ils pour vivre décemment ? ".
- " D.ieu nous aidera, D.ieu nous aidera " lui répond l’autre toujours aussi impassible.
- " Mais Gavriel ! Quand ils auront des enfants, très vite je l’espère, que se passera-t-il ? "
- " D.ieu nous aidera, D.ieu nous aidera "…
Finalement, au bout d’une heure de discussion, les deux hommes se mettent d’accord et le père du jeune repart satisfait.
Furieuse la mère qui écoutait en piaffant à la porte, sort de la cuisine comme un diable hors de sa boîte et hurle folle de rage à son mari :
- " Mais enfin ! Yitzhak ! Tu es fou ou quoi ! Il n’a pas un sou en poche, tu ne vas lui laisser notre fille ?".
- "Qu’est ce que tu racontes ?" lui répond Yitzhah. "Moi j’adore cet homme ! … Il croît que je suis D.ieu !".

L’histoire serait véridique. Et comme toutes les petites anecdotes que les Israéliens passent leur temps à se raconter, elle mériterait largement sa place dans un recueil de blagues juives.

4 comments:

briantine said...

Excellent ! ça valait la peine de patienter. lol

steph said...

Mais qu'ils sont cons ces Barbus

Andrea said...

Entrée passionante, deuxième en 7 jours. Très bonne semaine ^^. Came rappelle une série de Libé cet été ou l'été dernier sur l'amour chez les jeunes dans le monde. dans un article consacré àl'Egypte et l'Iran on citait aussi internet qui faussait la surveillance traditionnelles de la famille.

Merci^^

Cécile said...

Excellent papier que je décourve tardivement mais j'en suis ravie! Félicitations!