Wednesday, December 07, 2005

Ronit, "Rosa Parks israélienne"


Jusqu’où ira donc le fanatisme de certains ultra-orthodoxes ? Réponse : jusqu’à exiger des lignes de bus spéciales où hommes et femmes sont séparés.
Voici un article de Matthew Wagner aussi détonnant qu’étonnant paru dans le Jérusalem Post Edition Française, cette semaine. Il m’a tellement plu que je ne peux résister au plaisir de vous en livrer quelques extraits.
Ca m’a un peu rappelé la polémique suscitée en France par l’aménagement de plages horaires spéciales réservées aux femmes dans les piscines municipales, à la demande des Musulmanes. Heureusement que la France est un Etat laïque. Imaginez le nombre de mâles pressés qui rateraient leur métro, s’ils étaient forcés de courir tous les matins à l’avant du quai pour avoir une chance de monter dans les premiers wagons réservés aux hommes …

Ultraorthobus, par Matthew Wagner,


Ronit n'aurait jamais pu imaginer, quand elle est montée dans le bus n° 982 qui relie Tsfat à Jérusalem, que son mal de la route allait à ce point lui gâcher son voyage. D'expérience, elle savait qu'en s'asseyant à l'avant, elle minimiserait le risque d'être malade. Mais elle ne savait pas que le 982 était un bus "mehadrin" pour ultraorthodoxes. En d'autres termes : que les hommes étaient assis devant, et les femmes derrière.
Les médecins recommandent à ceux qui ont le mal de la route de s'asseoir à l'avant du bus. Le mal de la route est provoqué lorsque le centre d'équilibre de l'oreille interne envoie au cerveau des informations qui entrent en conflit avec les perceptions visuelles provoquées par une situation statique, le corps en position assise, dans un endroit clos. En regardant au loin, pour élargir son champ visuel à la route et aux alentours, on empêche le conflit.
Mais cette définition du mal de la route était semble-t-il inconnue des passagers qui occupaient le bus ce jour-là.
"Quand je suis montée, il n'y avait que peu de personnes", se souvient Ronit. "J'ai expliqué mon problème au conducteur, qui a eu l'air de comprendre, tout comme le religieux qui était assis à l'avant. Puis le bus à commencé à se remplir, et un homme est venu me demander d'aller m'asseoir au fond. "'Et si les hommes s'asseyaient au fond, et les femmes devant ?', ai-je suggéré. Il a rejeté cette possibilité, alors je lui ai dit que je ne pouvais pas continuer à lui parler parce qu'il fallait que je regarde par la fenêtre et je l'ai invité à s'asseoir à une place d'où il ne pourrait pas me voir." Une précision : Ronit s'habille avec pudeur et se définit elle-même comme religieuse.
La suite de l'histoire ? "Une trentaine d'ultraorthodoxes sont montés dans le bus et un mini-scandale a éclaté. L'un d'entre eux s'en est pris au chauffeur : 'C'est un bus mehadrin. Je vais me plaindre à Egged'. J'ai essayé de lui expliquer mon problème, mais il ne m'écoutait pas ". Le chauffeur a dit : 'Que voulez-vous que je fasse ? Je ne peux pas l'obliger à s'asseoir à l'arrière. Vous voulez que je la traîne de force ?" […]"Ils ont plus ou moins fini par laisser tomber. Mais tout d'un coup, l'un d'eux s'est mis debout entre les deux rangées de sièges et a commencé à prier à voix haute : 'Dieu Tout Puissant, faites que cette femme retrouve la raison et aille s'asseoir à l'arrière de l'autobus. Réussissez à la convaincre que c'est la meilleure chose à faire".

[…] Le rav Moshé Feinstein, grande autorité halakhique pour l'orthodoxie juive américaine, a [pourtant] autorisé l'utilisation des métros et des bus même dans les cas où le contact entre hommes et femmes est inévitable. "Le contact inévitable et non intentionnel est dénué de toute connotation sexuelle. Et si un homme sait qu'il verra dans ce type de contact une connotation sexuelle, il doit tourner encore davantage son esprit vers la Torah. Car c'est l'ignorance qui conduit un homme à être enclin des pensées malsaines" (Even Ha'ezer, 2, 14). Mais malgré l'autorisation de Feinstein, Rosenstein défend la nécessité des lignes d'autobus mehadrin. "S'il nous est possible de nous rapprocher de l'état de sainteté, pourquoi ne pas le faire ? Les transports en commun sont le seul endroit où les hommes haredis sont en contact avec des femmes. Dans certaines situations, quand les bus sont bondés par exemple, des religieux se retrouvent malgré eux collés à des femmes immodestement vêtues. Dans une vie ultraorthodoxe, c'est inconcevable."
Cela étant, pour le rav Ratzon Aroussi, président du conseil rabbinique des affaires matrimoniales et rabbin de la communauté de Kyriat Ono, les bus mehadrin peuvent parfois générer plus de problèmes halakhiques qu'ils n'en résolvent. "Halakhiquement parlant, il vaut mieux qu'un homme soit assis à côté de sa femme plutôt que de voir passer devant lui les femmes qui doivent rejoindre l'arrière du véhicule. En étant avec sa femme, son attention n'est pas attirée par autre chose", explique-t-il. "Ce n'est pas tout. Prenez l'exemple de ces femmes enceintes ou chargées de sacs lourds que l'on oblige à avancer jusqu'au fond. Il est évident que les hommes qui ont conçu les bus mehadrin n'ont pas pensé aux femmes, ni aux problèmes halakhiques que ce nouveau système engendre. Une commission de rabbins devrait être chargée de se pencher sur la question et d'écouter ce que les femmes ont à en dire. C'est le seul moyen d'arriver à une solution rationnelle."
Selon le porte-parole de la compagnie, Ron Ratner, Egged propose des bus mehadrin depuis deux ans, même si Rosenstein affirme que certaines lignes, comme par exemple Bné Brak-Ashdod ou Jérusalem-Ashdod, existent depuis six à sept ans. Egged compte 15 lignes mehadrin intervilles, et sept à Jérusalem. Le transporteur Dan est en charge des bus mehadrin de Bné Brak. [...] Dans un communiqué, Ratner explique que "ces lignes qui circulent entre des centres de population ultraorthodoxe où à l'intérieur de quartier haredi répondent à des besoin spéciaux. Les passagers décident eux-mêmes de la répartition des places sans qu'Egged ne s'en mêle. Le conducteur n'a qu'une seule mission : conduire prudemment." Outre les lignes régulières mehadrin, il y existe aussi des lignes "glatt mehadrin", où les femmes entrent dans le bus par une porte à l'arrière. Celles qui ont des abonnements poinçonnent elles-mêmes leur carte et celles qui doivent achètent leur billet font passer l'argent jusqu'à l'avant du véhicule, le plus souvent en envoyant les enfants. C'est seulement lorsqu'elles n'ont pas le choix que les femmes font le déplacement jusqu'à la cabine du conducteur. Les lignes mehadrin ou glatt mehadrin sont généralement moins chères que les autres.
Cette politique à deux objectifs : permettre aux familles nombreuses de certains quartiers des plus pauvres - comme par exemple Ramat Chlomo, à Jérusalem - de se déplacer, et lutter contre le développement des sociétés de transport illégales qui se développent dans les mêmes quartiers. Dans ce combat, Egged a tout le soutien du ministère des Transports. Ratner a expliqué au Jerusalem Post que les ultraorthodoxes avaient proportionnellement beaucoup plus recours aux transports en commun que le reste de la population, et que le gouvernement encourageait Egged et les autres compagnies nationales à trouver des solutions pour répondre à leurs besoins spécifiques.
Pour le député du parti Shinouï (laïque centriste) Hémi Doron, la séparation des sexes à l'intérieur des autobus instaure une situation "d'apartheid". Il accuse en effet Dan et Egged de se livrer à une pratique discriminatoire. Dans une lettre adressée au ministre des Transports, Meïr Cheetrit, il a écrit : "En tant que compagnie nationale, Egged est censée proposer des services égaux à tous ses clients. La ligne 982 n'est pas accessible à toutes les catégories de la population." Doron a déjà fait part de son intention de saisir la cour suprême pour obtenir l'interdiction du financement public d'Egged, si le transporteur ne change pas sa politique.
Ronit ne va pas jusque-là : "Je pense qu'il est bon d'avoir des lignes mehadrin si les orthodoxes le souhaitent et s'ils l'estiment nécessaire. Mais je pense aussi qu'ils devraient faire preuve de tolérance dans certains cas comme le mien. La façon dont les passagers du bus se sont comportés a attiré l'attention sur moi. Du coup les hommes qui n'avaient pas remarqué ma présence ont posé leur regard sur moi. Ils auraient évité cela si personne ne m'avait pas prêté attention. Et ceux qui m'avaient remarquée ont manqué l'occasion de faire une mitzva."

1 comment:

Marie Simon said...

Tres bonne histoire. C est gentil de nous les passer d ailleurs car le site web francais est reserve aux abonnes, snif snif... On peut toujours lire en anglais, ceci dit.